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Comment la Politique Américaine Détermine et s'Oppose à l'Immigration des Noirs

Patrice Lawrence de UndocuBlack Network explique comment diverses politiques Américaines affectent l'immigration aux États Unis des Noirs originaires d'Afrique, des Caraïbes et d'Amérique Latine.

Photo avec l'aimable autorisation du UndocuBlack Network
Soixante-cinq immigrants Noirs en situation illégale ont assisté au premier évènement tenu par UndocuBlack Network, le Rassemblement des Noirs Sans Papiers, qui a été le premier de son genre au niveau national, organisé du 15 au 17 Janvier 2016, en Floride. Ce rassemblement de trois-jours a inclus des ateliers, des comités intersectoriels de planification et des soins de santé.

Patrice Lawrence de UndocuBlack Network explique comment diverses politiques Américaines affectent l'immigration aux États Unis des Noirs originaires d'Afrique, des Caraïbes et d'Amérique Latine.

Les immigrants Noirs constituent un segment de la population Américaine qui croît rapidement. Le Pew Research Center estime que  1 Noir sur 10 vivant aux États-Unis est un immigrant. Alors que l'année dernière notre reportage sur l'immigration était centré en grande partie sur les réfugiés Ukrainiens et de l'Amérique Latine, Borderless veut aussi publier les efforts des immigrants Noirs, les écueils et défis auxquels ils sont exposés mais aussi les réussites qu'ils enregistrent. 

La Diaspora Noire aux États-Unis est ethniquement, linguistiquement et économiquement diversifiée. Elle est comprise des peuples Afro-Latinos, dont les racines remontent à l'Afrique, qui viennent aux États-Unis en provenance des Caraïbes et de l'Amérique latine. Elle inclut aussi des Africains venus directement du continent ou de pays d'Europe et d'Asie.

En vue de faire connaître la diversité des immigrants Noirs vivant à Chicago et les défis qu'ils affrontent, Borderless lance une nouvelle série : Les immigrants Noirs Aujourd'hui. Réalisée et photographiée par quatre membres des communautés noires immigrées de Chicago, notre équipe a passé plus de quatre mois à s'entretenir avec des membres de la communauté et des organisations telles que RefugeeOne, Organisation de l'Unité Africaine, GirlForward et le Musée Haïtien-Américain de Chicago. Ces organisations les ont aidés à entamer des discussions avec des personnes ayant immigré du Sénégal, du Togo, d'Haïti et d'autres pays en janvier. Nous avons hâte de partager leurs histoires avec vous dans les semaines à venir. En attendant, vous entendrez parler de certains d'entre eux tout au long de cette séance de questions-réponses.

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Pour examiner un peu plus en profondeur l'Immigration des Noirs, Borderless a parlé à Patrice Lawrence, Directeur Exécutif du UndocuBlack Network. UndocuBlack Network forme des Communautés et offre aux immigrants Noirs en situation légale irrégulière, courants et anciens, accès aux ressources. L'organisation travaille de pair avec les membres du Congrès et des organisations telles que le Movement for Black Lives pour combattre les stéréotypes sur les immigrants Noirs et promouvoir une politique anti raciale. Elle compte des membres dans plus de 25 États américains, ainsi que des centres à New York et à Washington D.C.

Lawrence a parlé à Borderless des expériences qui unissent les immigrants Noirs et les Américains, des politiques Américaines en matière de détention et d'expulsion, et de la manière dont les immigrants noirs renforcent leur pouvoir.

Étant donné leur diversité, qu'est ce qui unit les immigrants Noirs aux États Unis ?

La façon dont les systèmes et les systèmes d'oppression nous voient. Nous parlons du fait que, quels que soient nos sentiments à l'égard de nos groupes, le gouvernement des États-Unis est très uni dans sa façon de voir les Noirs. Ils se moquent de savoir si vous êtes un immigrant ou un natif, si vous avez cinq générations de famille ici, ou cinq siècles, depuis que vous avez été réduit en esclavage sur cette terre, volé à l'Afrique et amené sur le continent américain. Ils nous traitent et se jouent de nous de différentes manières. Et cela se voit, en particulier dans la politique, qui est une de mes passions.

« J'étais choqué par le fait que les gens d'ici mettent plus d'accent sur la race que sur autre chose. La couleur de votre peau est la première chose qu'ils prennent en considération aux États Unis. Toute personne a peau Noire est automatiquement flanquée dans la catégorie ou classe des Noirs. J'ai toujours dit, quand la police vous arrête, ils ne vont pas vous demander, ‘Êtes-vous Africain ou Africain Américain ?’ Votre identité se résume à la couleur de votre peau ; autre chose ne compte pas du tout. Votre valeur humaine ou personnelle ne les concerne jamais. C'est plutôt la race qui constitue leur outil de prédilection pour vous asservir. » 

- Lillian Ingabire de la Zambie

Par exemple, l'administration Trump a continué à appliquer ce qu'on appelle la règle de la charge publique, qui existe depuis de nombreuses années. Il s'agit d'une règle raciste qui tient compte de vos revenus, de la taille de votre famille, de votre âge et qui détermine si vous allez être ce que l'on appelle une "charge publique" pour le gouvernement des États-Unis. Allez-vous peser sur l'économie ? Et cela peut avoir un impact sur l'obtention de la citoyenneté ou la carte verte Américaine.

Quels sont les défis particuliers auxquels se heurtent les immigrants Noirs en matière de détention et déportation ?

En fait, nous sommes confrontés à des défis qui sont propres à la peau que nous portons. Et bien sûr, plus la peau est mélanisée, plus les gens ont tendance à être ciblés. Plus l'accent est prononcé, plus on a tendance à être ciblé. Et cela se traduit par des détentions.

En outre, certains de nos pays d'origine sont contraints par les accords avec le gouvernement des États-Unis de se conformer aux décisions du département des affaires étrangères Américaine sur l'immigration. Ainsi ces pays se rangent contre leurs propres ressortissants et approuvent leurs déportations des États-Unis.

Je pense à des pays comme la Jamaïque, comme de nombreux pays des Caraïbes, qui coopèrent avec les États-Unis et qui l'ont fait. Il est donc facile de détenir ces personnes et de les expulser, et il devient facile de ne pas faire respecter ses droits ou de ne pas avoir d'avocats qui se battent pour eux. Nous n'avons pas beaucoup d'avocats qui s'occupent spécifiquement des immigrants Noirs ou qui sont prêts à travailler avec des immigrants noirs en détention et qui les recherchent.

Beaucoup de nos pays, en raison de l'influence Américaine, ne nous permettront pas de lutter contre la détention et l'expulsion ici aux États-Unis.

[Pendant le bannissement des Musulmans par Trump] nous avons vu des gens être expulsés vers la Mauritanie et ne pas pouvoir y rester en raison des conditions et de la façon dont les Noirs Mauritaniens ont été historiquement traités dans ce pays. Puis nous avons vu des gens fuir vers le Sénégal. C'est là que le pays compte. C'est là que la langue compte. C'est là que l'ethnicité compte, car elle peut compliquer la manière dont une personne entre dans le système d'application de la loi et dans le système d'immigration, ainsi que la manière dont elle en sort. Et ce que cela signifie pour eux par la suite d'obtenir une forme quelconque de sursis ou d'aide.

« J'étais victime de discrimination au Maroc en tant qu'homosexuel. Je ne pouvais pas leur présenter mon identité réelle ; qui j'étais, de peur d'être persécuté. Tout comme au Sénégal, j'ai été victime de brimades à de nombreuses reprises pour avoir agi comme je le faisais. »

- Max* du Sénégal

Comment les immigrants Noirs se comparent-ils aux autres types d'immigrés en ce qui concerne l'aide qu'ils peuvent obtenir du gouvernement Américain ?

La liberté conditionnelle humanitaire, par exemple, est une mesure que le gouvernement des États-Unis a le pouvoir discrétionnaire d'accorder de très nombreuses façons, dont certaines sont publiques et d'autres non. Si l'on regarde qui en bénéficie, on constate que ce ne sont pas les pays à majorité noire qui en bénéficient, mais essentiellement des personnes non noires. Les diverses barrières érigées intentionnellement contre l'accès à ce statut sont défavorables aux Noirs.

La situation est similaire à celle des visas de diversité. Le gouvernement, qu'il soit dirigé par Biden, Trump ou Obama, ne cesse de rendre de plus en plus difficiles les voies autonomes d'immigration vers ce pays, qui sont très populaires auprès des Africains.

Et ils le font sous le couvert de la sécurité nationale et en voulant faire attention à la fraude et à toutes ces choses. Mais nous pensons que cela se résume à du racisme, et que cela se résume à couper les voies d'accès à l'autonomie et à toute forme d'ancrage et d'établissement aux États-Unis. Je pense que le gouvernement profite de l'instabilité de la population immigrée noire, il en profite à son détriment, et cela s'aligne sur son système raciste.

Quelles sont les causes de l'Immigration Africaine et Caraïbes vers les États Unis ?

Je pense que depuis une dizaine d'années, si nous faisons un zoom arrière et que nous parlons de choses comme le changement climatique, de la mondialisation et de la façon dont les terres d'où nous venons sont volées et pillées, et que nos gouvernements ne sont pas autorisés à être autonomes ou souverains, alors nous avons des modèles assez prévisibles de ce qui arrive aux gens. Les gens sont forcés d'émigrer, de trouver d'autres moyens de survivre, de s'épanouir et de chercher des opportunités ailleurs.

Si l'on observe la manière dont le gouvernement des États-Unis opère dans d'autres régions du monde, on constate qu'il a suivi des politiques - qui ont commencé dans les années 60 et avant cela, en pensant à la politique du gros bâton et à d'autres choses pour d'autres présidents - selon lesquelles les États-Unis ont essentiellement joué le rôle de gardien du monde en voie de développement. Cela s'est traduit par une exposition aux États-Unis, à l'ingérence et à l'interférence des États-Unis. Il n'y a pas de secret sur les implications que cela a eu, certaines positives, mais beaucoup, beaucoup de choses, pas positives.

Je fais un zoom arrière pour dire que les schémas migratoires des personnes originaires d'Afrique continentale ou de cette origine ne sont pas trop difficiles à comprendre lorsque l'on pense à tous les facteurs qui poussent les gens vers les États-Unis.

« Il y aura beaucoup de sueur, de larmes et d'effusion de sang pour vivre le rêve Américain. Il est plus facile de naviguer autour des obstacles si vous savez ce que vous faites. Mais vous ne connaissez pas votre inconnu. Comment allez-vous réussir ? »

- Yolande Sanvi de Togo

Comment le passé Américain d'esclavage affecte la politique migratoire et les Immigrants Noirs aujourd'hui ?

À bien des égards, c'est assez direct. Ce que j'ai mentionné plus tôt, appelé public charge, est lié à l'esclavage. Elle est liée aux politiques qui ont été élaborées antérieurement à l'égard des Noirs et à l'image que l'on se fait d'eux. Nous sommes pauvres, nous sommes paresseux, nous ne sommes pas compétents. Ce sont tous ces récits qui sont apparus dans notre politique. Et ce n'est pas propre à l'immigration.

Si nous revenons en arrière, et que nous parlons des taux de mortalité dans ce pays, nous parlons de la mauvaise santé maternelle des Noirs dans ce pays, les immigrés et les immigrés noirs sont impliqués dans ces chiffres.

L'esclavage est assez récent. Nous parlons de montrez-moi vos papiers  et d'autres lois qui permettent essentiellement à la CBP d'arrêter toute personne près de la frontière et de lui demander de montrer sa nationalité et sa citoyenneté. Le système policier américain est directement issu de l'esclavage et il était nécessaire de protéger les biens et les corps des Blancs. C'est donc la racine du maintien de l'ordre aux États-Unis. La manière dont l'application des lois sur l'immigration a évolué est donc inspirée de cette racine. Et les lieux vers lesquels ils se tournent, pour la formation, suivent également un tel cycle.

Historiquement, c'est ce qui s'est passé. La façon dont nous pratiquons actuellement la détention aux États-Unis est très spécifique aux Noirs. La détention ne ressemblait pas à cela au début des années 1980. L'expansion de la détention, la manière dont elle est pratiquée, son caractère punitif, ont commencé avec les migrants haïtiens qui sont arrivés en plus grand nombre dans les années 1980. C'est ainsi que le système de détention actuel a été mis en place, à partir de politiques directement liées à l'esclavage.

Les cofondateurs de UndocuBlack Network (à droite), Gabrielle Jackson et Yannick Diouf, mènent des conversations de suivi après le premier Undocumented and Black Convening (rassemblement des sans-papiers et des Noirs), en avril 2016. Photo avec l'aimable autorisation du UndocuBlack Network

S'agissant des relations entre les immigrants Noirs et les Noirs Américains, existent-elles ? Y a-t-il collaboration entre les groupes ?

En apparence, il ne semble pas exister d'efforts collaboratifs entre les deux communautés. Cependant, en observant avec attention on est en droit de confirmer l'existence de collaboration intercommunautaire. Il est évident que nous les Noirs, de par la couleur de notre peau subissons le même traitement et rencontrons les mêmes défis ici aux États Unis.

Nous travaillons contre une machine de propagande qui dit que nous ne sommes pas pareils, que les immigrés noirs sont favorisés ou traités différemment, et qui a raconté aux immigrés toutes sortes d'histoires et de termes désobligeants, comme le récit de la reine de l'aide sociale de Reagan, qui perdure encore aujourd'hui.

Et nous savons que c'est intentionnel. Et nous savons que cela est fait pour séparer nos familles et nos communautés.

« C'était une grande décision à prendre. Quitter son pays d'origine ou l'on a ses amis, et sa famille ; ce n'est pas du tout facile. Quand les gens vous demandent de vous intégrer à la culture du pays où l'on a immigré, ça a l'air insolent. ‘Vous devez abandonner votre tête en Haïti’ ou n'importe où ils peuvent la situer. Je pense que c'est désobligeant de s'adresser ainsi à une personne qui vient nouvellement dans ce pays. Je ne pense pas qu'une personne migre à l'étranger pour effacer son passé de sa mémoire. Vous pouvez réussir à vivre une très belle vie au pays d'immigration, sans oublier qui vous êtes. »

- Jean Yves Hector d'Haïti

De quelle manière les immigrés noirs construisent-ils le pouvoir aujourd'hui ?

Nous continuons d'appuyer ceux qui cherchent à obtenir statut de protection temporaire et d'autres moyens permettant aux personnes d'obtenir un sursis à la détention et à l'expulsion, ainsi que des permis de travail afin qu'elles puissent prospérer ici.

Les immigrants Noirs se défendent en s'appropriant les moyens de se maintenir en bonne santé. Nous avons un programme ici à UndocuBlack qui s'appelle Ayanda. Il s'agit d'un programme très important pour les personnes aux États-Unis, car il leur permet d'être en contact les unes avec les autres et de s'impliquer entre pairs afin de réduire l'isolement. L'isolement et la solitude sont de gros problèmes pour tout le monde, mais encore plus pour les immigrés et les migrants noirs.

Nous luttons contre notre propre déportation et créons des systèmes qui nous permettent de connaître nos droits, de les défendre et d'élaborer davantage de politiques qui nous servent, en particulier dans les endroits où nous vivons, afin qu'il ne soit pas si facile de nous arracher, de nous emmener et de nous enlever à nos familles et à nos amis.

*Borderless Magazine utilise un pseudonyme pour Max en raison de préoccupations concernant sa sécurité et sa vie privée.

** Cette séance de questions-réponses a été modifiée pour des raisons de longueur et de clarté.

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